|
Cette crise est réelle. Nous connaissons
tous des DSI qui viennent de quitter leur poste.
Pour dautres, la pression quils
subissent ne leur permet plus de donner à
leur entourage la sérénité
nécessaire à la créativité
et à la productivité. Cette situation
touche autant la fonction publique que le secteur
privé. En dehors de cas particuliers
souvent basés sur des problèmes
dego ou de peur du management, elle correspond
en grande partie à une mutation profonde
de la fonction de DSI qui arrive enfin au cur
du management de lentreprise.
A lépoque des années
« mainframes », le DSI était
souvent placé par son constructeur
qui lui donnait pour mission de défendre
ses intérêts et de faire grossir
son système en fonction de ses annonces.
Le constructeur avait établi une relation
de confiance avec la Direction Générale
qui était fière de sa nouvelle
puissance, corrélée à
celle des MIPS de ses salles machines. Cétait
lépoque des DSI forts, souvent
autistes aux besoins de leurs clients.
Larrivée de linformatique
distribuée déstabilisa cette
arrogance et permit à certains services
de prendre de lautonomie face à
cette tour divoire impénétrable.
Ce fut le déclin mérité
du pouvoir du DSI des années 80, accéléré
par la prolifération de systèmes
informatiques incompatibles dont le DSI nassumait
plus la cohérence. Larrogance
des grands constructeurs perdit de son panache
et les DSI protégés disparurent.
Ce déclin fut accéléré
par larrivée des PCs. Tout le
monde avait son PC mais rien nétait
vraiment compatible et les infrastructures
devenaient un casse tête technique.
La fonction de DSI fut alors remplie par des
hommes issus du technique qui avaient beaucoup
de courage pour assumer cette fonction durant
cette période.
Au milieu des années 90, les progiciels
confortaient cette disgrâce poussée
par les hommes des métiers toujours
marqués par labsence découte
de leur DSI.
Puis lan 2000 força les Directions
Générales à revaloriser
le DSI pour mettre de lordre dans les
infrastructures, coordonner le déploiement
des applications métiers et des applications
transverses, optimiser la production informatique,
instaurer le support aux utilisateurs et pour
gérer la relation avec les fournisseurs.
Aujourdhui, la nécessité
de créer un esprit nouveau «
pour aller aider lautre » permet
au DSI de prendre enfin la place quil
mérite au cur de léquipe
de management.
Mais pour assumer ce nouvel esprit, le DSI
se doit davoir beaucoup de courage.
Du courage tout dabord pour assumer
ne serait-ce que le prérequis de la
production informatique avec une qualité
de service qui augmente et des budgets qui
diminuent. Comment maîtriser des technologies
aussi diverses que complexes, des sérieux
problèmes de sécurité
et une qualité de service trop visible
avec une équipe toujours sous dimensionnée
? Pour résoudre cette équation
compliquée, garder léquilibre
de ses opérations et donner un avenir
à ses équipes, le DSI doit se
débarrasser de tout ce qui nest
pas stratégique. A ce titre, lInfogérance
des infrastructures et un bel exemple qui
ôte un gros caillou de la chaussure.
Avec la gestion du réseau de données,
linfogérance des infrastructures
sont deux exemples que tout DSI peut donner
à des sociétés spécialisées
qui en font leur métier. Parmi ces
sociétés dinfogérance,
il retiendra celles qui peuvent garantir la
sécurité de lexploitation,
maîtrisent une méthodologie et
savent capitaliser sur leur savoir faire pour
asseoir leur pérennité. Mais
attention, sil existe des opérateurs
capables de gérer un réseau
mondial, il nexiste pas de sociétés
de services capables de gérer des infrastructures
postes de travail et serveurs qui soient «
internationales ». Elles ne sont que
des « multinationales », et la
différence est très facile à
comprendre lorsque les bonnes questions sont
posées. Le DSI devra alors avoir le
courage gérer des contrats locaux.
Ce faisant, il équilibrera mieux le
poids de ses fournisseurs.
Du courage pour éduquer son management
toujours sollicité par les prédateurs
du Système dInformation qui continuent
à leur manière de leur vendre
du rêve en montrant que leur offre a
un retour sur investissement mirobolant. Le
DSI ne doit pas se laisser déstabiliser
par ses « concurrents potentiels »
qui veulent prendre la globalité de
linfogérance du Système
dInformation. Il doit avoir le courage
pour expliquer limportance de garder
en interne la maîtrise des savoir-faire
informatiques qui sont clés pour lavenir
de lentreprise. Il doit savoir expliquer
la nécessaire segmentation de son Système
dInformation en distinguant ce qui concerne
son réseau de communication, ses infrastructures
serveurs, postes de travail avec le support
utilisateurs associé, les centres de
production, la maintenance du parc applicatif,
le développement des nouvelles applications
et le support associé aux utilisateurs.
Il doit savoir expliquer quil faut non
pas diviser pour régner, mais diviser
pour garder sa liberté et sa sérénité
tout en optimisant les risques et les coûts.
Lexpérience du vécu est
souvent nécessaire pour voir clair
et pour accompagner une telle décision.
Du courage pour suivre lémergence
des nouvelles technologies afin dêtre
une force de proposition auprès des
métiers pour aider à concevoir
de nouveaux processus qui leur permettront
détablir de véritables
avantages concurrentiels. Lentreprise
a besoin de cette paranoïa saine de la
créativité proactive qui est
nécessaire à sa survie. Mais
pour réussir dans cette voie, le DSI
doit bien connaître les processus en
place afin de pouvoir imaginer leur refonte
potentielle. Il doit aussi avoir le courage
pour communiquer de façon claire et
pour aider les métiers à élaborer
un « business case » avant toute
décision. Il doit savoir et aussi avoir
du courage pour qualifier parmi les nouveaux
fournisseurs, ceux qui demain seront des leaders.
Son « track record » en la matière
est facile à valider.
|