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voyages d’affaires : quels enjeux ?
Il n’est pas aisé d’étudier les voyages d’affaires.
Le sujet semble peu populaire, les sources sont rares et la complexité
des circuits de décision est un obstacle à la lisibilité des chiffres
relatifs à cette activité économique [2] . Le sujet est en outre peu visible
du grand public, ce qui semble être une constante du Marketing
professionnel. Les marchés professionnels sont moins ‘glamour’
que les marchés grand public. Ils sont sujets de spécialistes,
et souvent enjeux de décision fort complexes et difficiles à décoder
[3] . En bref, on pourrait passer sur ce sujet un peu
ennuyeux et prêter plus d’attention aux coups de gueule spectaculaires
de M O’Leary ou aux diversifications multiples de Stelios qu’aux
tribulations de nos cadres pressés.
Et l’on aurait bien tort d’en rester là.
Si l’on s’en tient aux chiffres de 2000
[4] , environ 26 milliards d’€ de dépenses ont été
réalisées par les entreprises françaises. Une comparaison de ce
chiffre au volume généré par l’ensemble du commerce en ligne en
2003 en Europe montre que le marché du voyage d’affaires est,
rien qu’en France, trois fois plus gros que l’ensemble du voyage
en ligne en Europe (11,7 milliards d’€ en 2003) et près de 30
fois plus important que le marché en ligne en France. (Soit à
peu près 9% de part de marché sur un total de 11,7 milliards d’€,
ce qui donne environ 1,05 milliard d’€ pour le commerce en ligne
français) [5] . Sans vouloir minimiser le phénomène, à la fois
intéressant et spectaculaire, du voyage en ligne et de la distribution
sur Internet, nous voulons insister ici sur l’importance du voyage
d’affaires et de son intérêt. Ceci d’autant plus que c’est parmi
les voyageurs d’affaires qu’on trouve les voyageurs fréquents
et que la classe ‘business’ est un élément important de la rentabilité
d’une compagnie aérienne.
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Figure 1 : Méthodes utilisées
pour régler les voyages d'affaires: 82% des employés ont
recours à leurs ressources financières personnelles (cash,
chèques et cartes de crédit personnelles) puis réclament
un remboursement par note de frais (Source: The Henley Centre
UK 2000)
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les spécificités multiples du voyage
d’affaires
Avant de parler d’outil de relation client, il nous faut regarder
attentivement le processus de cette relation. Ceci, en soi, n’est
pas différent pour le grand public. Mais le voyage d’affaires
présente une particularité, récurrente dans les marchés professionnels
(B2B), qui est que l’usager du voyage n’en est pas forcément l’acheteur.
En d’autres termes, il faut donc – avant même de penser à automatiser
la relation – repenser le terme de client. Peut-être faudrait-il
y mettre le pluriel pour approcher de la vérité ?
Les spécificités du voyage d’affaires ne s’arrêtent
pas là : outre le fait que le ‘client’ n’est pas l’acheteur,
citons également que le prix facial des billets aériens (50% environ
du CA des voyages d’affaires), n’est que rarement le prix réel,
que le client qui n’est pourtant ni véritablement décideur ni
acheteur, est cependant payeur (82% des cas)
[6] , bien que cet acte de paiement soit entièrement
remboursé. Le ‘client’ joue en fait le rôle de banquier pour l’entreprise,
en avançant l’argent (voir figure 1). En conséquence, les baromètres
de satisfaction
[7] ne sont pas forcément cohérents avec la satisfaction
de l’usager du transport ou de la prestation et ne constituent
donc qu’une mesure partielle.
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Encadré n°1 : Le voyage
d’affaires en quelques chiffres ·
- France : 26-30 milliards d’€ par an (en croissance lente)
·
- Budget : 3ème poste de dépense des grandes entreprises.
·
- Budget par employé : 10000€
- Online : 2,1% de part de marché du B2B + PME soit #
250 millions d’€ pour l’Europe ou 25 millions d’€ pour
la France. ·
- Low cost : environ 1% des voyages d’affaires en France.
·
- Parmi les clients des voyages en ligne, 14% sont des
voyageurs fréquents (> 7 vols par an) dont 81% volent
pour affaires. ·
- Ventilation des dépenses :
- Transport aérien ~ 50%
- Transport rail ~ 20%
- Hôtellerie & restauration ~ 16%
- Total transport ~ 70%
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Dépenser plus pour gagner du temps
Or – et c’est une autre caractéristique des
voyages d’affaires – 85% des entreprises [8] se sont dotées d’une politique
de voyages, mais celles-ci sont souples et adaptables. Le ‘client
final’, l’usager n’est donc pas décideur, mais il peut influencer,
exprimer des desiderata – éviter tel hôtel, telle compagnie aérienne
– en fonction de ses horaires ou de ses expériences passées. S’il
n’est donc pas ‘client’ au sens strict du terme, il est néanmoins
partie prenante dans un circuit complexe de décision, où il joue
au minimum un rôle d’influenceur. Comme l’indique le Wall Street
Journal [9] ,
« les touristes d’agrément perdent du temps pour dépenser
moins, les touristes d’affaires dépensent plus pour gagner du
temps ».
Le marché des voyages d’affaires est néanmoins
soumis régulièrement à des soubresauts liés aux problèmes économiques
et politiques mondiaux (1990 : guerre du Golfe, 92 :
crise économique mondiale, Septembre 2001, 2003 : Guerre
en Irak ; à l’inverse, en 2004, reprise des vols vers l’Algérie,
etc.). Ces soubresauts ne sont pas uniques aux voyages d’affaires,
mais ils sont amplifiés par les politiques de voyages qui peuvent
s’assortir d’interdictions (‘travel bans’), notamment dans les
sociétés multinationales américaines. Enfin, une autre caractéristique
des voyages d’affaires est la faible pénétration (1% de part de
marché) [10]
des compagnies aériennes à bas prix [11] , du fait notamment
de leur faible fiabilité, de leur absence de certains grands aéroports
proches de centres d’affaires et de leur manque de souplesse dans
les réservations. Enfin, 90% des réservations liées aux voyages
d’affaires passent par une agence de voyages qui est un élément
important dans la prise de décision. Les voyages d’affaires sont
aussi fréquemment repositionnés du fait des divers intervenant
qu’ils rassemblent, et c’est un frein très élevé à la concurrence
des compagnies à bas coût.
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Figure 2 : tentative de description
du circuit de décision dans le voyage d'affaires?
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ponts entre agrément et affaires
Une des compensations importantes offerte par
les voyages d’affaires est l’autorisation faite aux voyageurs
de valider des ‘airmiles’ sur leurs programmes de fidélisation
personnels. Non négligeable, cet élément de fidélisation permet
à l’employé d’y trouver une rétribution annexe (sous forme de
voyages gratuits). Mais c’est bien là un des rares ponts qui soient
établis entre voyages d’affaires et voyages d’agrément. Les ponts
entre les deux formes de tourisme semblent donc très faiblement
exploités. Hormis l’expérience tentée par la CCI de Nice en partenariat
avec France télécom
[12] , les démarches commerciales conquérantes semblent
rares et discrètes. Il semblerait donc que seules les compagnies
aériennes aient exploité ce filon en créant notamment une véritable
marque distinctive au travers du niveau de prestation offert
par la carte : le nombre de miles obtenus permettant au voyageur
d’obtenir une carte haut de gamme (British Airways Gold, Air France
Fréquence plus rouge….) qui donne accès aux salons d’affaires
et entraîne une préférence de la part de l’employé. En général,
cette préférence étant compatible avec la politique de voyages
de l’entreprise, il n’y a pas de conflit d’intérêt. Mais le véritable
bénéficiaire est la compagnie aérienne qui draine ensuite des
réservations ensuite sur la base des ‘airmiles’ obtenus (un voyage
acheté, un passager gratuit), en dehors du cadre des voyages d’affaires.
Il semblerait qu’on traite le voyageur d’affaires comme un individu
dédié à 100% au travail, qui n’a pas droit au délassement et encore
moins aux vacances. Et les vertus de la vente croisée sont ici
limitées à leur plus simple expression.
Certes, le lien entre sphère privée et sphère
professionnelle passe avant tout par un travail de fond sur le
cœur du service lui-même. Si son expérience en déplacement pour
affaires est mauvaise (pour un hôtel par exemple : décor
défraîchi, absence de chambres non fumeurs, service approximatif,
rapport qualité/prix décalé,…) il est fort à parier que notre
voyageur d’affaires – sans doute habitué aux standards internationaux
– n’aura pas envie de la prolonger en dehors de sa sphère professionnelle.
Une fois cette qualité de service assurée, alors le CRM pourra
apporter un plus en terme de développement des ventes, et d’accélération
de la vente croisée (cross-selling) et de la vente à valeur ajoutée
(up-selling).
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Encadré
n°2 : 2 -exemples d’application d’un outil CRM au domaine
touristique
2.1. La
filiale britannique de FIRST CHOICE HOLIDAYS (www.firstchoiceholidays.com)
a choisi récemment e-piphany CRM pour améliorer ses relations
clients [17] .
- La firme précise que la phase I du projet est dédiée
à la ‘centralisation des données clients, et la réintégration
en interne des données marketing et de l’archivage des
données’. Comme dans tout système d’information, le travail
initial est constitué par le travail sur la donnée, essentiel
pour pouvoir aller plus loin. Hélas, fusionner des bases
de données clients n’est pas aisé. Il s’agit souvent de
données « molles », qui quand elles sont consolidées en
provenance de sources à l’origine divergentes, sont rarement
exploitables. Un travail d’uniformisation des données,
long et fastidieux, et passant par la validation humaine,
est souvent voire toujours inévitable. Les méthodes automatiques,
plus valorisantes techniquement, ne sont hélas que trop
souvent folkloriques. A noter en outre qu’il s’agit ici
d’une activité en ligne où le Marketing direct est primordial.
Il n’en est pas forcément de même pour les activités classiques.
2.2. LINKED
lance « LINKED TRAVEL », première application de gestion
de la relation client destinée au secteur du tourisme
[18] .
- « [….] La mise en place de la solution Linkeasy Travel
conduit également à une modélisation précise du workflow
de l’agent de voyages et à son optimisation : il
s’agit particulièrement de segmenter les tâches relatives
au processus de réservation et de simplifier le rôle des
agents. Le traitement d’une partie des flux de contacts
est en partie automatisé ce qui libère ainsi l’agent de
voyage de la prise en charge de certaines demandes basiques.
Le superviseur a également à sa disposition un module
de management d’activité qui lui permet de suivre en permanence
toutes les demandes en cours des clients et de redistribuer
les tâches des agents […]». Cette annonce est fort intéressante
car elle insiste sur la notion de processus, représentée
par le ‘workflow’ qui est décrit dans ce texte. La mise
en place d’un tel outil n’est en effet possible qu’à partir
du nécessaire travail de formalisation des processus préalable
à l’implantation, ainsi que l’optimisation de ces processus.
Bien souvent, il est plus aisé de partir des meilleures
pratiques de la profession que de passer trop de temps
à formaliser des processus trop complexes ou trop erratiques.
Cette méthode permet de gagner beaucoup de temps et d’efficacité
dans l’implantation future du SI, et d’éviter des discussions
pas toujours destinées à l’amélioration des processus
globaux de l’entreprise, mais davantage dédiées à des
querelles internes.
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[2] Cf Espaces 174, septembre 2000, ‘Evolution
du voyage d’affaires’, un marché oublié par les organismes
institutionnels.
[4] Baromètre Havas-Voyages-American
Express sur un échantillon de 316 entreprises françaises menée
par Bernard Juillet Conseil (in Espaces 179, février 2001).
[6] Source : the Henley Centre-UK
2000 : General UK market, information sur les voyages
d’affaires au Royaume Uni.
[7] Espaces 179 page 50, baromètre Havas
Voyages – American Express sur un échantillon de 316 travel
managers.
[9] Web travel market
eyes B2B sector –Jeannette Borzo
10/04/00 Paris Wall Street Journal.
[10] Espaces 201 Février 2003 p.48 « compagnies
low cost et voyages d’affaires ».
[11] Alias ‘Low cost’, ‘No frill airlines’ etc.
[12] Espaces 174 P.22 Ibid
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