| |
Au-delà d’un simple gadget technologique,
c’est tout un désir d’accéder à la connaissance
autrement qui se fait jour. Accéder plus vite,
plus loin, plus large en multipliant les occurrences
et les rapprochements d’idées. En fin de compte,
avec la création de l’hypertexte, c’est l’avènement
de la connaissance en réseau auquel on assiste,
qui correspond à un besoin humain inextinguible,
une soif de savoir dans un monde où l’information
est pléthorique et ses sources multiples.
C’est cette même abondance informationnelle
qui poussera d’ailleurs Bush à écrire son
texte fondateur. Ce désir d’accéder à l’information
plus vite et mieux n’est pas présent uniquement
dans l’usage de l’Internet
[13]. Le zapping télévisuel, le zapping
imprimé dans les têtes de nos enfants dès
le plus jeune âge par la pratique des jeux
vidéos – souvent constitués eux aussi comme
des hypertextes, avec des passages cachés,
des scénarios mis en abîmes etc. – voire même
le zapping de zapping avec des émissions qui
zappent pour le spectateur [14] , sont autant de reflets de cette soif d’information qui tourne
autour du fonctionnement en réseau, qu’il
s’agisse d’information liée à la connaissance
ou du divertissement (cf. figure
3).
Figure
3 : l'information en réseau, l’hypertexte,
permet une forme d’exploration informationnelle
impossible avec la structure hiérarchique
classique
Cette structuration en réseau de l’organisation
de la connaissance dépend ainsi de notre désir
d’accéder à cette information. En retour,
la présence régulièrement croissante de cette
forme de structuration de l’information et
la banalisation de l’usage de l’accès à cette
information en réseau
[15] renforcent à leur tour la
familiarité des utilisateurs avec ce type
de fonctionnement. La structuration hiérarchique,
moins naturelle mais plus proche des modes
d’enseignement traditionnels, semble donc
au fil du temps moins évidente aux utilisateurs,
et à l’inverse la complexité, constitutive
du fonctionnement en réseau, paraît quant
à elle de moins en moins artificielle, de
moins en moins illogique, malgré son apparence
chaotique et aléatoire.
II
b- The house of leaves : le roman hypertexte
ou la littérature en réseau
Figure
4 : The House of Leaves,
un roman hypertexte expérimental et postmoderne
Parmi les expériences récentes qui poussent
à l’extrême ce concept de l’hypertexte, on
peut citer le best-seller de Mark Z. Danielewski :
The house of leaves [17] . L’auteur y refuse
la narration linéaire et conçoit son roman
comme un hypertexte, rebondissant de page
en page, et perdant –au moins en apparence
– le lecteur dans un labyrinthe qui représente
par sa forme même un contrepoint à l’histoire
racontée par le roman. Reflet des temps et
de l’organisation de la connaissance contemporaine,
il est aussi la preuve de sa limite car le
concept d’hypertexte se prête assez mal à
l’écrit traditionnel. Le changement d’organisation
du savoir initié par Bush en 45 trouve-t-il
ainsi son aboutissement dans la forme hypertexte
du discours électronique, elle-même dissociée
du traditionnel support papier.
|
|