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DES RESEAUX ET DES HOMMES - 6ème partie
 
 
 
   
 

III – l’envers de la médaille

III a- première limite : réseaux informels et bien commun

Dans le tableau idyllique dressé précédemment, on oublie de tenir compte d’un facteur fondamental : l’intérêt général, le bien commun, la finalité de l’entreprise. Le réseau informel –même bien intentionné – recherche le résultat, et l’obtient souvent par la solidarité de ses membres. Bien souvent il s’apparente au système D, si populaire en France. Lorsqu’un processus est déficient, une organisation dysfonctionnelle, le réseau informel, par la volonté et l’implication de ses membres réussit – le plus souvent – à surmonter les difficultés, à obtenir le résultat tant attendu. Et l’initiative du réseau informel d’être louée – à juste titre – de tous ceux à la fois surpris et impressionnés du résultat.

 
   


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A juste titre, mais pas toujours. Du moins, pas si le réseau informel se substitue trop systématiquement à l’absence de processus. Pas si l’entreprise doit – pour atteindre ses objectifs – systématiquement faire appel à des bonnes volontés qui finissent par se rendre indispensables, et donc causent un problème à l’entreprise. Sans transformer forcément ses employés en robots, une entreprise ne peut vivre, encore moins se développer, si elle n’instaure pas une finalité qui dépasse les individus qui la composent. C’est donc là une limite forte du réseau informel qui en se systématisant peut éventuellement faire perdre de vue l’intérêt général. Car si on a vu dans le point précédent que le réseau informel est mu par l’intérêt du groupe, celui-ci ne se confond pas toujours avec le bien commun.

III b- Deuxième limite : réseaux formels et réseaux informels

Les réseaux informels offrent un capital de sympathie bien compréhensible : basés sur la cooptation et la compétence ils sont ouverts à tous. Ce caractère ouvert est cependant une limitation importante de l'efficacité des réseaux informels, car ils se heurtent souvent à leurs homologues, les réseaux formels. Les réseaux formels les plus connus sont issus d'écoles. Ils sont souvent gigognes. D'autres, plus ou moins officiels sont superposables aux autres. Souvent, les réseaux formels donnent lieu aux phantasmes les plus délirants, souvent à base de théorie du complot, voire de racisme lorsqu'il s'agit de réseaux à caractère ethnique ou religieux. Nous nous garderons bien d'entrer sur ce terrain scabreux. Toujours est-il que les réseaux formels existent - qu'on en nourrisse ou non un ressentiment excessif -et que les réseaux informels ne sont pas toujours compatibles avec eux. Le réseau formel est souvent exclusif. Il est aussi basé sur un ensemble de règles de conduite et d'entraides. Faire partie d'un réseau formel crée des obligations à ses membres qui doivent entraider leurs confrères. Ceci n'est pas toujours compatible avec les intérêts et les objectifs des réseaux informels. Cela ne devrait pas en principe être un frein à la formation et à l'épanouissement des réseaux informels cependant, car ceux-ci sont basés sur la compétence, et la présence des réseaux formels ne devrait pas en toutelogique gêner leur travail.

III c- troisième limite : les réseaux informels ne se décrètent pas

Un réseau informel, coopté, basé sur la confiance de ses membres ne se décrète pas. Sa formation ne peut venir d’en haut, on ne peut générer artificiellement la spontanéité. Par la même occasion, il n’est pas toujours aisé de convaincre quelqu’un de rejoindre un réseau informel. Tout le monde ne se sent pas à l’aise avec l’idée de travailler hors processus. Beaucoup préfèrent attendre un hypothétique feu vert à la prise d’une initiative pas forcément supportée par la hiérarchie. La hiérarchie, ses instructions, même une certaine rigidité administrative sont éléments rassurants pour beaucoup qui craignent de plonger dans l’incertain.

III d- quatrième limite : le réseau informel ne s’arrête pas aux frontieres de l’entreprise

Souvent, dans les grandes organisations, où l’information ne circule pas forcément aisément – du fait de leur taille – il existe un moyen très efficace d’obtenir des informations sur ce qui se passe, ou pourrait se passer : il suffit de contacter un partenaire, le commercial d’un fournisseur, voire un représentant bien informé d’un client, car il n’est pas rare de voir que ces derniers en sachent plus que les propres employés de l’entreprise. Il est faux de croire que l’information qui circule dans l’entreprise y reste prisonnière. Au contraire, elle se développe bien mieux à l’extérieur. Les réseaux informels n’échappent pas à cette règle. D’une part on ne peut empêcher les membres de l’entreprise de confronter leurs idées avec des personnes extérieures, et surtout on ne peut nier que c’est cela qui apporte de la richesse et une certaine ouverture vers l’extérieur du réseau. Grâce à cette ouverture, recul, meilleures pratiques et benchmarking sont rendus possibles, et sans intervention coûteuse de consultants.

Toutefois, ce qui est une richesse peut également être une limite. Pour une société qui veut encourager le travail en réseau, elle ne peut savoir où s’arrête ce réseau. Ceci peut à terme générer quelques craintes et réticences propres à freiner leur développement.

 
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Encadré n°2 : Pour réussir son réseau

NB : Les informations suivantes sont tirées du site canadien Le Réseau du Leadership http://leadership.gc.ca. Ce site a été développé à l’initiative du conseil du trésor Canadien. Le mandat du réseau est le suivant : « […] promouvoir, mettre sur pied et appuyer des réseaux de leaders dans l'ensemble de la fonction publique du Canada, et les aider à relever le défi permanent que posent le renouvellement et la modernisation de la fonction publique [..] ».

Conseils pour bâtir votre propre Réseau

SEPT ETAPES FACILES À SUIVRE POUR QUE LE RÉSEAU SOIT UN SUCCÈS

  1. Identifiez vos objectifs. Précisez les buts que vous souhaitez atteindre grâce à un réseau: peut-être avez-vous un seul objectif majeur, ou alors plusieurs objectifs et sous-objectifs. Vous devez également identifier les défis qui se présentent et la façon dont un réseau vous aidera à les relever.
  2. Déterminez vos principes directeurs et vos critères de réussite. Vos principes directeurs faciliteront votre prise de décisions. Quant à vos critères de réussite, ils permettront de savoir si vous avez atteint vos objectifs.
  3. Précisez qui doit faire partie du réseau. Vous devez déterminer l'envergure du réseau et choisir d'établir ou non des sous-réseaux sur certains thèmes, des objectifs secondaires et des groupes d'intéressés. Définirez-vous deux catégories de participants (primaires et secondaires)?
  4. Établissez un noyau. Le réseau doit tourner autour d'un élément central : secrétariat, site Web, réseau virtuel, champion ou une combinaison de ces éléments.
  5. Définissez la façon dont vous utiliserez la technologie. Grâce à la technologie, vous serez en mesure de bâtir une chaîne de communication fiable et les membres du réseau pourront échanger rapidement de l'information. Identifiez les outils technologiques nécessaires pour chacun de vos objectifs.
  6. Consultez le réseau. À toutes les étapes du processus, consultez les membres du réseau. Si vous le bâtissez tous ensemble, ils voudront s'y joindre.
  7. Prenez soin du réseau. En agissant ainsi, vous bâtirez un réseau stable et capable de se renforcer par lui-même, et tous les membres en bénéficieront. Vous pouvez, entre autres, publiciser le réseau, mettre régulièrement à jour l'information et évaluer les réussites.

DOUZE QUESTIONS PERMETTANT DE VOUS AUTO-ÉVALUER

  1. Quels sont les objectifs que je souhaite atteindre grâce à ce réseau?
  2. Pourquoi utiliser un réseau pour atteindre ces buts? Comment un réseau pourrait-il me permettre de relever les principaux défis auxquels je fais face?
  3. Comment saurai-je que le réseau fonctionne?
  4. Quels principes orientent les activités du réseau?
  5. Qui doit faire partie du réseau?
  6. Est-ce que je veux former des sous-groupes ou des comités à l'intérieur du réseau?
  7. Comment relier ces sous-groupes/comités?
  8. Quel sera l'élément central du réseau?
  9. Comment la technologie pourrait-elle m'aider à accroître la participation des membres?
  10. Est-ce que des activités permettent aux membres du réseau de collaborer à sa construction?
  11. Est-ce que j'ai mis en place des systèmes pour tirer profit des commentaires au fur et à mesure que le réseau évolue et prend de l'envergure?
  12. Quels moyens est-ce que j'utilise pour faire connaître le réseau?

À ÉVITER

  1. Cadre trop rigide. Un contrôle excessif compromet les avantages démocratiques d'une approche non hiérarchisée.
  2. Structure trop élaborée. En plus de risquer de limiter le réseau à un rôle de consultation, l'utilisation abusive de comités et d'organes de décision établit un trop grand parallèle avec le monde traditionnel des affaires.
  3. Toujours recourir aux mêmes volontaires. Vous risquez d'entraîner chez eux un épuisement professionnel et de décourager d'autres personnes à s'impliquer davantage.
  4. Manque d'outils technologiques. Dans les réseaux non appuyés par la technologie, les activités n'ont qu'une portée limitée (souvent, elles rejoignent moins de 10% des membres potentiels.)
  5. Instabilité des ressources. L'insuffisance de ressources en capital et en main-d'œuvre limite les activités du réseau et réduit leur influence. "

Source : http://leadership.gc.ca/static/people_networks/join_f.shtml Ce site du gouvernement canadien est mis à disposition des entrepreneurs désirant développer leurs techniques de réseautage.

III e cinquième limite : la faible traçabilité des réseaux informels

Les réseaux informels sont basés sur la connaissance des hommes. Dans certains cas on peut aisément les décrire et les répertorier, dans d’autres, cela est plus difficile, surtout s’ils sont reconfigurables. On peut, comme l’ont montré B.Cova et R.Salle [48] , représenter graphiquement un réseau, surtout lorsque l’activité de vente (en B2B) est orientée sur le fonctionnement des réseaux internes de prise de décision. Mais une telle représentation schématique peut se heurter à l’indicible. Il n’est pas toujours aisé, voire déontologique de procéder à un tel recensement.

Projeté en interne de l’entreprise, ce problème est encore décuplé et rend le pilotage des réseaux incertain. Il est illusoire de croire en fait à un tel pilotage, ou alors ce pilotage est-il mieux exercé, lui aussi informellement.

III f sixième limite : la dure loi de l'évaluation du travail

Figure 10 :A l’intérieur de l’organisation

Figure 10 :A l’intérieur de l’organisation existent des liens qui échappent à loi hiérarchique …

 

Figure 11 : … Mais tout réseau a ses limites

Figure 11 : … Mais tout réseau a ses limites : Si théoriquement tout le monde connaît tout le monde a – forcément – toujours envie de parler à tout le monde. Les barrières existent, naturelles (centres d’intérêt, équipes projets autour d’un même client ou groupe de clients, etc.) ou artificielles (barrages hiérarchiques)

 

Selon Christophe Dejours [49] , pour bien faire son travail, il faut contourner les règles en permanence : ne pas suivre les procédures, contourner les hiérarchies (à leur insu, si besoin est), et activer son réseau personnel. La thèse de Christophe Dejours veut qu’on ne puisse mesurer un tel travail, principalement du fait de son caractère informel. Qui plus est, les employés qui ont travaillé dans de tels réseaux sont souvent mal à l’aise, notamment lorsque leurs tentatives ont échoué. Ce phénomène serait grandement anxiogène.

 

Encadré n°3 : 2ème exemple marquant de travail en réseau : 'Pole Position', le programme de partenariat entre France Télécom (solutions de communication d'entreprise) et Cisco Systems.

Les deux entreprises sont entrées dans un travail de partenariat très approfondi qui a plusieurs fondements.

  1. Coopération commerciale entre les forces de vente en amont des demandes des clients dans un esprit gagnant/gagnant au service de leurs clients communs.
  2. Travail approfondi en sectorisation des offres, notamment pour ce qui concerne les secteurs de la finance et de la distribution.
  3. Travail d'accélération du marketing horizontal, notamment dans le domaine de la voix sur IP.
  4. Décollage de l'activité service autour de l'intégration de réseau, via un processus de certification GOLD de l'opérateur (seul à pouvoir fournir des services intégrés et provisionnés).

Ce programme conséquent (il permettra de générer à fin 2004 environ 80 millions € de chiffre d'affaires incrémental annuel pour l'opérateur) est né du réseau et de l'écosystème développé par le nouveau département alliances de l'opérateur. Par les liens qui ont été créés, un très important programme transversal a été mis en œuvre, qui implique une centaine de personnes chez l'opérateur, des dizaines dans la filiale française de l'équipementier de San José (CA). La structure de ce programme d'alliance est entièrement décentralisée, avec des animateurs et des responsables dans toutes les parties de l'organisation de l'opérateur. Le contrôle de l'avancement du programme se faisant au travers de comités mensuels de pilotage, à très haut niveau dans l'entreprise. L'implication de tous les acteurs est très forte, une certaine émulation existant entre les entités commerciales de l'opérateur qui comparent leurs résultats (benchmark).

 

Sommaire
Ière partie (De la sédition au réseau homéopathique)
IIème partie (l’organisation en réseau omniprésente)

IIIème partie (des tribus électives comme modèle)

IVème partie (du travail collaboratif)

Vème partie (entre humain & technologie)

VIème partie (l'envers de la médaille)

VIIème partie (Des réseaux et des hommes)


[48] Le Marketing d'affaires : Stratégies et méthodes pour vendre des projets ou des solutions de Bernard Cova, Robert Salle, Dunod. http://www.amazon.fr/exec/obidos/ASIN/2100067389/402-3334487-3090529

 

 

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