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On se réfèrera également à mon travail précédent,
le Marketing Finalitaire qui oppose à la
notion de fonction Marketing celle plus transversale et plus universelle
d'activité Marketing, présente dans toutes les actions de l'entreprise
et non pas dans la mission d'une seule équipe qui serait seule
contributrice et détentrice de la vérité du marché.
Exemple du dilemme stratégique
des Telcos historiques en 2003-2004
En matière de Marketing stratégique, un des
cas d’école sur lequel nous avons travaillé récemment est le dilemme
stratégique auquel doivent faire face tous les sociétés de Télécom
historiques en Europe. A la sortie de la bulle Internet, et ceci
dans tous les pays européens, toutes ces sociétés de télécoms
se retrouvent à une croisée des chemins où elles sont obligées
de changer de métier tout en continuant à faire fonctionner le
service actuel, avec des exigences de qualité de service très
contraignantes.
Changer le moteur en plein vol
Le gros défi auquel doivent faire face les
entreprises Télécom historiques dépend de quatre facteurs différents.
Premièrement, une pression financière qui ne se dément pas, malgré
les spectaculaires améliorations sur les comptes financiers de
ces entreprises, très endettées à la sortie de la bulle. Deuxièmement,
une pression sur le chiffre d'affaires qui s'explique par des
tarifs qui s'écroulent : D'une part, la pression concurrentielle
et réglementaire fait que les tarifs de revente (dits d’interconnexion)
sont tirés vers le bas, voire mis à mal par des obligations de
dégroupage de plus en plus sévères. D'autre part, un effet d'érosion
naturelle des tarifs du fait de la banalisation des produits (cycle
normal de vie des produits et services). Enfin, des tarifs qui
baissent du fait aussi de la volonté des clients (ceci est d'abord
perceptible sur les marchés B2B) de réduire la part de leurs dépenses
en télécoms, tout en exigeant du retour sur investissement de
plus en plus important. Pour conclure, une pression des actionnaires
aussi grande que sur l'aspect financier pour pousser ces entreprises
à innover et à investir sur de nouveaux services produits. Or,
et c'est là le dilemme principal, ces nouveaux produits et services
impliquent des investissements lourds en infrastructures, dont
les résultats peuvent ne pas être visibles immédiatement (voir
Le carré magique
de Robert Metcalfe à la page 34
). Il importe donc aux Télécom historiques de lancer une
dynamique de créativité, dans un souci d'efficacité opérationnelle,
et ceci sans toucher aux équilibres financiers. Il s'agit d'un
exercice de gestion très périlleux, et extrêmement délicat. Les
consultants de la société Cisco ont une expression très évocatrice
pour décrire cette situation : « Changer le moteur en
plein vol », car c'est comme si on avait demandé à Lindbergh
de remplacer son moteur à hélices par un moteur à réaction en
plein milieu de l'Atlantique.
Figure 31:
Le dilemme des telcos historiques
[81]
La croissance et
la largeur de l’offre
Figure
32
:
Les offres des sociétés de Télécom au sortir de la bulle [82]
Cette situation inédite, va pousser les Télécom
historiques à une sorte de grand écart entre leurs offres de cœur
de métier, et de nouvelles lignes de services destinés à étendre
leur empreinte chez leurs clients existants. Trois options stratégiques
s'offrent à elles : Premièrement, étendre la pénétration
sur les marchés du cœur de métier notamment via l'internationalisation
(et contrairement aux idées reçues, c’est France Télécom qui s’en
tire le plus honorablement de ce côté-là, avec 41 % de son chiffre
d'affaires dans le groupe fait à l’international contre seulement
11 % chez British Telecom) ;deuxièmement
sur leur base installée en tirant leurs clients existants vers
de nouveaux services (en ajoutant de la valeur sur des services
existants – exemple : LAN managé – ou en sortant de leur
cœur de métier en commercialisant des services sur Internet ou
de l'intégration pure) ;troisièmement, en s'orientant vers
les services d'infogérance (autrement appelés outsourcing) qui
permettent d’ajouter de la valeur en proposant des services intégrés,
mais surtout en générant des revenus récurrents (contrats traditionnellement
de 5 à 7 ans). À la sortie de la bulle Internet, c'est l'option
stratégique numéro 2 décrite ci-dessus (dans sa version « sortie
du cœur de métier ») qui a souffert le plus, et qui est la
plus remise en question encore aujourd'hui.
La croissance et la vente
par la valeur
Figure
33
:
Une montée en puissance qui nécessite le recours à la vente par
la valeur
Mais cette montée en puissance nécessite également
de changer les méthodes de vente : en effet il est de plus
en plus difficile sur une offre aussi large et aussi variée de
demander aux mêmes commerciaux de vendre la même chose de la même
façon. D'une part les services de cœur de métier beaucoup plus
matures, nécessitent une attention de tous les instants, d'un
travail plus proche du service client que de la vente. Et d'autre
part les autres services innovants ou de croissance (notamment
l'outsourcing) nécessitent une formation et une tournure d'esprit
très différentes de ce qui est l'habitude dans ce genre de commerce.
Sur les produits les plus innovants et les services qui apportent
la plus grande valeur ajoutée, il est nécessaire d'approcher le
client par le retour sur investissement (ROI), afin de lui démontrer
l'utilité du service non plus par son prix mais par ses effets
induits. Cela nécessite souvent un corps commercial différencié,
rompu aux techniques de vente consultative, similaires à celles
que l'on applique dans le domaine du conseil. Cisco a montré la
voie en ce domaine, en créant un corps de business consultants
(IBSG : Internet Business Systems Group) européens dont la
mission est d’assister le corps commercial traditionnel en façonnant
un discours autour de la valeur. On peut également cartographier
cette valeur selon 2 axes (voir la matrice de la figure 34). En
aucun cas ces business consultants ne viennent-ils se substituer
à la force de vente traditionnelle. Ils agissent plutôt comme
une force de support complémentaire.
Figure
34
: La matrice de positionnement de la valeur
La méthode de cadrage
stratégique de VisionaryMarketing.com
la stratégie, et l'exemple montré ci-dessus
est évocateur, créer les conditions nécessaires au développement
de l'ensemble du business. Sans stratégie, sans vision, l'entreprise
se dirigera telle un aveugle dans un tunnel sans lumière. C'est
pour cela que nous avons mis au point une méthode de cadrage stratégique que nous décrirons
sommairement ici.
Le questionnaire de
cadrage stratégique
Cette démarche de cadrage stratégique est destinée
aux membres de direction afin de leur permettre de prendre le
recul nécessaire à la réflexion à moyen terme. Elle s'articule
autour d’un questionnaire stratégique et de sessions de brainstorming
propres à mettre en exergue la stratégie actuelle l'entreprise
et les options à prendre dans le moyen terme. Cette courte séance
est également un moyen de faire partager les options stratégiques
par tous les membres de la direction, en profitant de leur présence
et en les forçant à prendre du recul par apport au quotidien.
Cette méthode de questionnement (il s'agit plus véritablement
d’un questionnaire projectif et non d’un questionnaire d'enquête)
est utile pour évaluer si les objectifs de l'entreprise sont partagés
par tous les managers. Elle permettra également de mettre à nu
les fondamentaux stratégiques de l'entreprise et de vérifier s'ils
sont bien connus des décideurs. Ce dernier point est moins anodin
qu'il ne peut paraître au prime abord. En d'autres termes, cette
méthode répond à la question : Où sommes-nous et où allons-nous
?
Le questionnaire que nous proposons en ligne a été conçu pour une entreprise particulière.
Il est possible, comme nous l'avons déjà fait plusieurs fois,
de l'adapter au contexte de n'importe quelle entreprise. Pour
cela, il est préférable de faire précéder ce cadrage stratégique,
d'une période d'audit Marketing qui permettra d'analyser les résultats
et les tendances. Qu'on ne s'y méprenne pas, dans le domaine des
services, et surtout si l’on travaille dans des milieux de vente
aux professionnels, ce travail préliminaire est important car
il est souvent absent des tâches quotidiennes, même si cela peut
paraître étrange. Il n’est pas rare en effet, au moment de l’audit
des chiffres d’affaires, de tomber sur des débats cornéliens de
partages de territoires ou plus simplement des problèmes de mesure
du chiffre d’affaires. Mieux vaut isoler ces problèmes en amont
du cadrage stratégique qu’en aval. Cet audit et ces hypothèses
le permettront de bâtir le questionnaire de manière plus fine,
et d'aller droit à l'essentiel.
Une des erreurs les plus communément rencontrées
lors de cet exercice de travail stratégique est la mauvaise compréhension
du terme « stratégie ». Selon le dictionnaire universel
francophone en ligne, il s'agit de : « [l’]Art de combiner
des opérations pour atteindre un but. ». En aucun cas la
stratégie ne remplace-t-elle le but ;il est important de
comprendre cela, même si ça peut paraître évident, car avant de
déterminer la stratégie, il faut pouvoir déterminer les finalités
et les missions. Enfin, il ne faut pas oublier que la stratégie
doit avant tout être partagée. Sans ce partage, la stratégie n'est
qu'un exercice intellectuel sans intérêt.
Notons encore une fois que dans les NTIC la
démarche stratégique a quelques particularités que nous avons
sommairement développées au début de ce texte (voir le chapitre
intitulé Un Marketing des NTIC différencié à la page 13
). Ses caractéristiques sont : Premièrement le caractère
pragmatique, car ses objets sont par nature très vagues. Il s'adapte
donc aux situations au fur et à mesure où elle se présentent et
il est donc important d’en tenir compte dans l'établissement de
la stratégie afin d'éviter les réflexions à trop long terme qui
se démontreraient trop rigides et donc inapplicables. Il s'agit
également, c'est notre deuxième point d’un Marketing stratégique
qui doit être orienté produits, car le Marketing des NTIC est
générateur d'innovations. Troisièmement, il s'agit de privilégier
un Marketing accéléré car dans ce domaine d'innovation, la rapidité
et génératrice d'avantage concurrentiel. Quatrièmement, ce Marketing
stratégique doit être accompagné d’un dispositif d’enquête approprié,
le plus direct possible et le plus économique car devant fonctionner
en permanence et de façon itérative. Enfin, du fait de ce caractère
flou de la demande, il s'agit essentiellement d’un Marketing guidé
par l'offre. Notons pour terminer que cette démarche stratégique
est également utile en interne, autant sinon plus qu'en externe.
On peut donc déterminer un processus de business
planning (fondamentalement dissocié du traditionnel processus
du budget alias ‘financial planning’), qui va guider l'ensemble
du travail de cadrage stratégique dont on peut décrire la démarche
comme suit :
Figure
35 :
La démarche de cadrage stratégique de Visionarymarketing [88]
On le voit dans la Figure
35, le travail préliminaire sur les hypothèses est fondamental
si l'on veut arriver à un résultat concret sous forme de plan
d'action. De même, le travail initial sur la finalité est lui-aussi
fondamental pour poser les bases du travail stratégique. Il est
destiné à éclaircir ce que nous pensons être, ce qui détermine
les conditions de tout ce que nous entreprenons. Le questionnaire
est donc destiné à éclaircir la vision de la situation actuelle
par les décideurs, de vérifier que cette vision est bien cohérente
et partagée, et de préparer une synthèse pour la suite de cadrages
stratégiques.
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