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MARQUE COACH DE VIE & MARKETING
DES ARTS DE VIVRE
Dans une société où sphère publique
et privée tend à sestomper où le consommateur
est dabord un homme sensible qui apprend à vivre
chaque jour, les marques auront un grand intérêt
à participer à des missions déveil,
dalerte, déducation pour le bien être
de chacun et le bien commun de tous.
Dans la logique de la marque, qui doit aimer ses clients, bien
plus que linverse, la marque peut jouer un rôle plus
affectif, plus attentif, plus attachant auprès de ses clients.
Il sagit donc dun marketing très participatif
et « impliquant », voire dun « tutoring
des marques » sur leur client. Ces prémisses sont
apparus avec le marketing responsable ou éthique, et glisse
actuellement vers un marketing éthique esthétique
(agir beau). Agir beau pour une marque, cest proposer à
ses clients de vivre une belle vie, vraie, gaie, saine, remplie
daffects. Doù lexpression de marketing
des arts de vivre qui traduit lengagement affectif quasi
filial au cur même de la vie de ses clients. Ainsi,
la marque sera surtout reconnue pour ses idées, sa volonté
de construire une belle vision du monde et sa capacité
à la faire vivre et la faire ressentir dans ses produits,
ses services, et son mode d expression. En analysant dès
1984 « les Arts de l'existence », Michel Foucault
sans le savoir préfigurait la mutation du marketing actuel.
En voici une quasi définition : « Pratiques réfléchies
et volontaires par lesquelles les hommes, non seulement se fixent
des règles de conduite, mais cherchent à se transformer
eux-mêmes, à se modifier dans leur être singulier
et à faire de leurs rêves une uvre qui porte
certaines valeurs esthétiques et réponde à
certains critères de style. » [2]
Sur cette ligne éthique à forte dominante esthétique,
on présage déjà pour les marques un rôle
culturel croissant. La future mission des marques ne serait-elle
pas, au-delà de faire vivre une belle vie à leur
client, de les aider à faire de leur vie une uvre
dart, voire un chef duvre ?
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DIFFERENTES ESPECE DU MARKETING «
ARTS DE VIVRE » (marque coach de vie)
Le marketing dit sensible
Le marketing sensible semble dépasser le marketing sensoriel,
en ce sens quil va plus loin que produire des sensations.
Sa mission est déduquer, de sensibiliser, éveiller,
mettre en alerte (exemples : former le regard ; développer
la sapience, le tact
) donc de transformer des sensations
en sentiments durables avec une réelle prise de conscience.
Tout nest pas inné, ni « simpliste ».
Le marketing sensible peut être vécu comme un luxe
mais cest un luxe nécessaire et vital aujourdhui
pour les marques. Souvenons nous des paroles de Rousseau dans
LÉmile : « Les premières Facultés
qui se forment et se perfectionnent en nous sont les sens. Ce
sont donc les premiers quil faudrait cultiver [...] Exercer
les sens, nest pas seulement en faire usage, cest
apprendre à bien juger par eux. Cest apprendre pour
ainsi dire à sentir, car nous ne savons ni toucher, ni
voir, ni entendre que comme nous avons appris ».
Ce constat de la fin du XVIIIe siècle peut à présent
sentendre comme une urgence et ouvre la voie du marketing
sensible. Cest une voie incontournable pour toutes les marque,
tous secteurs confondus, qui doivent se transformer en éveilleur
et éducateur du sensible.
EXEMPLE DACTUALITE : LE PROBLEME DE
LA MAL-BOUFFE, DE LOBESITE, DU NEFASTE FOOD QUI NUIT DE
PLUS EN PLUS A LIMAGE DES MARQUES ALIMENTAIRES.
On aime les frites, la mayonnaise, les biscuits, les tripes,
les bananes avec du ketchup ou lon déteste les épinards,
les endives, le poisson, le fromage. On pourrait se dire «
A chacun ses goûts ! » mais cette réponse est
irresponsable dans le contexte actuel. La progression de la junk
food, de la néfaste food , « cette nourriture de
la génération bouffe-mou, celle des adeptes de la
vagabond feeding, qui ne savourent ni ne croquent, mais aspirent,
suçotent, tètent ou mâchouillent » implique
la responsabilité de chacun, y compris celle des marques.
Pour Pierre Aimez, spécialiste en psychopathologie de lalimentation
quotidienne, ces conduites alimentaires sont le symptôme
dun intense désarroi.
Leur nature régressive et leur contenu narcissique suggèrent
quà léchelon du groupe social il soit
possible dy voir « les signes dun vaste retour
du refoulé et la réaffirmation des valeurs corporelles
infantiles primordiales » Sur la même ligne dans son
ouvrage, les Cinq sens, Michel Serres écrit que «
le corps se dédifférencie, comme la nourriture :
infantile il court vers son amont lacté ; sucré,
il remonte à son début, mammifère. [...]
Lhomme insipiens se dessine à contours flous, gonfle
et se fait monstre, perd ses formes, non pas gros, mais enveloppé
dans la grossesse, redevenu embryon ». Toutes ces analyses
sont pour le moins inquiétantes et placent les industries
agroalimentaires sur le banc des accusées. On leur reproche
leur emprise néfaste sur le processus de normalisation
de la mal-bouffe. Ce qui explique la profusion cette année
- et cest tant mieux - de nouveaux produits alimentaires,
dits équilibrés pour les jeunes (biscuits, céréales,
etc.)... Cependant, ces même marques pourraient encore aller
plus loin en sengageant sur le terrain prometteur et rentable
de léducation sensible de leur consommateur. Etre
sensibilisé, cest être en état dalerte,
focalisé sur quelque chose qui pourrait advenir et être
réceptif.
Le marketing des essences
Cest la déclinaison « luxe » du marketing
sensible. Il se traduit par la marque éminence ou noble.
La marque noble est un éducateur sentimental qui propose
des produits et services extraordinaires, uniques, originaux.
Objectif : « élever les choses à une qualité
supérieure », définition première du
père du romantisme Novalis qui pensait que le monde devait
être romantisé. On comprend ici quune marque
nest plus simplement un logo mais est avant tout un déclencheur
de rêves, de magie, de poésie quotidienne. Cela suppose
que la marque sentoure dun nid dun nid et dun
vivier périphérique de personnalités : des
individus qui osent laudace, la créativité
et ont foi en leurs idées.
EXEMPLE 1 MARKETING DES ESSENCES
: « LA DANSE DES SENS ».
A sa façon le grand cuisinier Adrian Ferra, par son approche
culinaire hyper-inventive et synestésique, joue les Merlin
lenchanteur nous invitant à un « jusquau
goûtisme » : un opéra vivant culinaire. Il
nous rappelle que les objets comme les aliments sont susceptibles
et exigent beaucoup damour. Car, comme le disait Guth, elles
peuvent se « venger de notre hâte insultante ».
EXEMPLE 2 : « SE SOIGNER PAR
LA NATURE » .
Au Japon, la notion dIYASHI (SOIN) est toujours associée
à la sensation de détente, de repos que procure
la nature. Bien que cela puisse sembler pour nous un détail
ésotérique, le succès de nombreux lieux japonais
tiennent en partie à la façon dont il traite et
sollicite les sens du visiteur par le matériau de la Nature.
Souen, nouveau restaurant polyvalent à TOKYO [3]
ouvert en 2002 a été conçu par larchitecte
YASUHIRO HARADA comme un grand parc moderne de repos (33 loggias
pour 2 personnes) et dattractions. Le nom de Souen choisi
par son créateur est multisignifiant dans son idéographie
: Sou signifiant par terre de jardin mais aussi créer ou
imaginer, réception et direction. Ce lieu invite chacun
à user de son imagination et créer ses propres paysages
mentaux, son jardin intime. À lintérieur de
Souen, dans le restaurant souterrain sont empilés de petits
jardins carrés sur plateau, échelonnés en
quinconce et disposés à travers différentes
hauteurs. Léclairage se fait par puits de lumière
comme les orées des bois ajoutant le mystère au
lieu.
Le marketing des besoins élémentaires (déjà
là) proche du Grand simple de Diderot. Cest la marque
« Essential » qui vend des produits simples, authentiques,
proches et vrais. Pour exemple, les nouvelles marques Bio de lalimentaire
comme Bio Nath (Eurial Poitou-Charentes).
Le marketing de la conscience : proche du marketing des essences,
il sagit de vendre tout ce qui ne sachète pas
comme le temps, le repos, lair, lécoute
Ce qui explique pourquoi lintelligence ambiante, le bio
design ou le design invisible ou interactif comme larchitecture
douce et liquide, et le marketing ultra-sensoriel se développent
actuellement. Les marques commencent à intégrer
les notions de repos, de silence, de décompression dans
leurs réflexions sur les espaces. De la même manière,
les marques « surfent » sur lesprit chaman et
la philosophie de vie dans leur produit (cf. Alien de Thierry
Mugler). Demain nous leur suggérons même de faire
vivre à leurs clients des « expériences damour
uniques véritables miracle de laffect » orchestrées,
par exemple, par un opéra ou une symphonie des sens (concept
proâme).
Le marketing participatif et de la personnalisation qui placent
les émotions et expériences personnelles du client
au cur du dispositif marketing. Ce marketing de la personnalisation
(nous y reviendrons dans une prochaine chronique) va de pair avec
un marketing « rythmique » qui sadapte aux différentes
aux cycles naturels mais aussi biologique et quotidien de la vie
des clients. Et si les produits et services de demain se transformaient
à la couleur émotionnelle, subjective, culturelle
des clients ? La marque coach de vie, éducateur citoyen,
vigile du présent et de lavenir mais aussi éveilleur
du sensible promet un bel avenir au marketing dit des «
arts de vivre ». Dautant que « vivre »
est le métier que nous voulons tous apprendre.Et si possible,
vivre en art et en poésie. Haut les rêves !
Dautres variantes de marques et espèces marketing
se profilent et peuvent même être imaginées.
Cest sans doute la leçon du marketing vivant des
arts de vivre ou de lexistence : chaque marque devra inventera
son propre marketing.
Toutes ces « formes de marketing » sont contenues
dans lidée dun marketing de lattachement
(estimer, reconnaître, valoriser, écouter le client).
A savoir que lAttachement signifie exactement « sentiment
durable » (dictionnaire Larousse et Petit Robert).
« Lattachement est pour moi un mot clé et je
souhaite que les gens sattachent à mes créations.
En matière de mobilier, jaimerais voir se développer
des produits pour la vie. Cette position renvoie à celle
du célèbre fabricant de luminaire danois Louis Poulsen.
Dans son pays dorigine, lattachement est lune
des maximes des créateurs. Probablement parce quils
manquent de ressources, les Danois ont reconnu très tôt
la nécessité de chérir leurs biens et de
les faire durer. Les Japonais commence à appréhender
toute la valeur de cette idée ». [4]
Cest sur cette ligne résolument douce et affective
que je souhaite fermer la parenthèse de ce volet sur lévolutionnisme
du marketing.
Maryline Passini, Directrice de Proâme
[1] Daprès
le titre dun livre de Jacques Neirynck, Le marketing
sans marketing : les chemins de la singularité, Editions
dOrganisation.
[2] Michel Foucault, L'usage
des plaisirs, 1984
[3] Souen fait partie de
lapparition de concepts espaces polyvalents innovant du
Design actuel
[4] Toshihiko Sakai, designer,
cf ; La une à Tokyo, source Le design au Japon,
mars 2004, Octopus.
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