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INTRODUCTION
"Le marketing est une démarche qui consiste à concentrer les
ressources et les moyens d'une organisation sur les opportunités
et les besoins environnants" (Keegan et De Leersnyder, 1994, p.1)
; cette définition, loin de la confusion classique et traditionnelle
qui consiste à regarder le marketing uniquement comme l'accompagnement
et la concrétisation d'une transaction commerciale, insinue qu'il
faut aussi prendre en compte tout le travail caché, non apparent,
"qui construit l'objet de l'échange et du même coup le permet"
(Michel, Salle & Valla, 2000, p.15). Cela implique notamment une
politique d'adaptation et d'opportunité par rapport à la demande
du consommateur mais aussi, et peut-être surtout une politique
d'adaptation et d'opportunité encore plus stratégique dans les
relations client - fournisseur en situation Business to Business.
Cette adaptation et cet opportunisme s'ajuste également à l'environnement
externe "large" de l'entreprise : la concurrence, la législation,
la politique économique et sociale… ; en d'autres termes, tout
ce qui fait évoluer les marchés. En effet, l'offre s'ajuste et
crée la demande, l'apanage du marketing est en ce sens de faire
des propositions en vue d'une réponse positive ; c'est de "donner
les moyens à l'offre d'augmenter les chances de réponse positive,
dans un monde où les sollicitations auxquelles est soumise la
demande, sont infiniment plus nombreuses qu'auparavant" (Flipo,
1981, p. 2).
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Or l'intégration du marketing à l'activité
de projet est cruciale : stratégies d'un porteur
de projet pour convaincre des décideurs, d'un chef
de projet pour mobiliser de multiples protagonistes, stratégies
d'un protagoniste pour générer de nouveaux
projets, etc. Et l'on sait que la difficulté du projet
est, pour une part, directement liée au nombre d'acteurs
impliqués dans le projet, et que le relationnel et
l'affectif sont un facteur essentiel.
Prenons par exemple le rôle du Chef de projet qui
doit apporter toute la confiance nécessaire à
l'ensemble du système et des intervenants, des acteurs
participant au projet car tout changement apporte réticence,
doute et méfiance. "C'est pourquoi manager la
communication de projets sera l'élément clé
de la réussite".
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Savoir manager la communication
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Le gestionnaire-responsable d'un projet va créer les conditions
nécessaires permettant à tous les intervenants d'étudier
et de résoudre ensemble les problèmes et va ainsi
"gérer une approche pluridisciplinaire" (Raynal,
2000, p. 53) : il va piloter la cohérence et l'harmonie
entre les enjeux économiques et techniques, et entre les
disciplines de référence de ses intervenants, et
de gérer le développement du projet (avec ses réussites
mais aussi ses échecs
). Aussi est-il clair que le
bon fonctionnement de l'équipe projet "constitue l'un
des facteurs majeurs de la réussite d'un projet" (Lecubin,
2002, p. 3, 4, 6). Dans le cas d'une réponse à un
appel d'offre par exemple, si l'on considère le cas des
entreprises qui n'obtiennent pas le projet pour lequel elles se
préparent -un projet entendu comme transaction complexe,
suivant la logique économique de la demande et de l'offre-,
l'on peut dire que le résultat des actions de l'entreprise
fournisseur vis-à-vis du client en vue de l'obtention de
la commande est l'échec. Les firmes n'ont pas su concentrer
les ressources et moyens de leur organisation sur l'opportunité
présente. Elles ont été "incapables"
de s'adapter aux besoins du client ou de le convaincre.
Donc la démarche marketing liée au projet a été
mal régie. En outre, dans les cas d'échec l'on constate
souvent que les échanges relationnels client-fournisseur,
et/ou inter équipe ont été mal gérés
au vu des enjeux et du résultat, et nous l'avons dit, le
relationnel est un facteur essentiel dans la réussite d'un
projet. Conformément à ce qui précède,
l'on peut relier le projet et ses résultats, et définir
un triptyque qui permet une première caractérisation
du marketing de projets :
- Les concepts de marketing (comme mobilisation de ressources,
saisie d'opportunités et adaptation),
- Le paradigme du marketing relationnel (pour une meilleure
connaissance du client, de ses besoins, et l'obtention des informations
nécessaires à l'anticipation),
- La notion de transaction complexe (en milieu industriel, et
suivant une logique économique).
Ainsi le marketing de projets apparaît pour le fournisseur
comme "une tentative de se dégager des marges de manoeuvre
stratégiques, plutôt que d'être dominé
par celles du client" (Bansard et al., 1992, p. 89) et comme
un moyen de diminuer les risques et les incertitudes. Mais c'est
aussi l'ensemble des démarches d'un échange relationnel
au coeur des marchés, dans une logique de stratégie
de réseaux pour anticiper les besoins. Sous cet angle,
le marketing de projets est un "cas extrême du marketing
relationnel avec l'impérieuse nécessité de
créer des relations autres que commerciales afin de maintenir
le lien avec les marchés" (Badot, 1992, p. 187). Or
cette caractérisation ne rend pas suffisamment compte de
la complexité inhérente aux différents contextes
de projets, d'une part, et, d'autre part, à l'action implicite
ou non, des différents protagonistes - parties prenantes
d'un projet et de leur positionnement par rapport au projet et
aux entreprises en jeu. Il convient donc de s'y arrêter
pour mieux caractériser la notion de marketing de projet.
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1 - PROTAGONISTES ET VARIETES DE PROJETS
En entreprise nous rencontrons en effet des projets de type organisationnel
(par exemple la création d'une cellule export, la mise
en place de la qualité totale
) dont les acteurs sont
assez bien définis dans un périmètre lui-même
assez bien identifiable et que l'on peut, a priori, organiser
ou prévoir. Il s'agit en l'occurrence d'un projet "fermé",
défini au même titre qu'un "système [1] fermé", comme "un
complexe d'éléments en interaction" (von Bertalanffy,
1993, p. 53) dont l'identification des acteurs et du contexte
facilite "l'état stable" (p. 37). C'est donc
un projet fermé à logique interne, un projet interne,
même s'il peut par moments mobiliser des acteurs "externes".
Dans ce cas, en l'occurrence, les protagonistes sont, d'une part,
les acteurs et parties prenantes internes à l'organisation
(le décideur-PDG, l'équipe export dans le premier
exemple) et, d'autre part, les partenaires externes (qui peuvent
être un organisme bancaire, de conseil et de subvention
pour aider l'entreprise à la mise en oeuvre du projet ou
une société dont les compétences sont complémentaires
et dont le rapprochement permet une optimisation de l'offre).
Ces protagonistes sont, dans ce contexte, tournés vers
le projet interne à l'entreprise, en ce sens où
ils apportent des éléments favorables à l'entreprise,
à son organisation interne. Bien qu'externes, ils deviennent
pour une part, acteurs internes dans le cadre de ce projet à
logique interne et organisationnelle. Mais nous rencontrons aussi
d'autres contextes de projet en entreprise, qui, cette fois, sont
plutôt tournés vers l'extérieur de l'entreprise
(même si c'est pour obtenir du travail en interne), ils
sont d'ordre commercial, transactionnel (exemple - type : la construction
d'un barrage, exemples moins répandus : les projets de
lancement d'un nouveau modèle véhicule ou d'installation
d'une nouvelle machine industrielle
). Ici les acteurs (leurs
interventions, leurs logiques d'action, etc.) ne se découvrent
en général qu'au fur et à mesure de l'avancement
du projet ou même parfois restent parfaitement méconnus
par les autres parties. Il s'agit en l'occurrence d'un projet
"ouvert" qui, au même titre qu'un système
ouvert, "se maintient dans un flux entrant et un flux sortant
continuels, une génération et une destruction de
composants" (von Bertalanffy, 1993, p. 38).
C'est donc un projet ouvert, à logique à la fois
interne et externe, un projet externe, dont les acteurs 'internes'
se limitent à l'équipe projet (au sens de Midler,
2000), et dont les acteurs 'externes' sont les partenaires, les
clients, les décideurs, etc. Et, dans ce cas, l'on peut
penser que certains acteurs internes à l'entreprise cliente
(externe) ont agi en faveur du projet en étant dans l'ignorance
de l'entreprise fournisseur (interne). Dans tous les cas, l'équipe
projet est en relation et en interaction avec des acteurs internes
et externes qui interviennent sur le projet, et qui influencent,
à plus ou moins grande échelle, son résultat
et/ou son déroulement. L'on retrouve donc des protagonistes
qui sont l'équipe projet (y compris le chef de projet)
; d'autres protagonistes sont des acteurs internes à l'entreprise
intervenant dans les missions dédiées au projet,
intervenant dans les activités du projet mais ne faisant
pas partie directement de l'équipe projet. Enfin l'on repère
des protagonistes "influençant" les tâches
du projet, voire son orientation, externes à l'entreprise
et non directement opérationnels au sein du projet (certains
types de lobbyistes, conseillers extérieurs, décideurs
externes, commanditaires, etc.).
Cette observation de la diversité des situations de projets
implique de poser une diversité de logiques de marketing
de projets [2] ; sous l'angle premier, en particulier
des logiques de marketing de projets internes (mobilisation et
coordination des acteurs, démarches pour convaincre des
parties prenantes autour d'un projet d'ordre organisationnel)
et des logiques de marketing de projets externes (logiques transactionnelles,
dont les parties prenantes externes se révèlent
être plus difficiles à identifier). Ceci nous guide
aujourd'hui vers de nouvelles interrogations, face à la
littérature et aux autres alternatives stratégiques
en oeuvre dans les entreprises. C'est ainsi que sont notamment
étudiées la vente de solution, qui "s'appuie
sur l'intimité client pour mettre en oeuvre une vente consultative
qui, en final, se traduit par une transaction portant sur des
systèmes" (Azimont et Al., 1999, p. 132) et l'offre
créatrice de projets, où il s'agit de créer
le projet, de le proposer avant même l'expression du besoin,
et de se donner l'avantage décisif (Dessinges, 1990, p.
83). L'objectif de cet article est de décrire ces stratégies
et examiner en quoi elles caractérisent de façon
particulière le marketing de projets. C'est en l'occurrence
ce qui constitue les parties suivantes de l'écrit.
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