| |
L'objectif est que la proposition du processus projet et son
adaptation à cette gamme moyenne, génère
un ou des projets dans lesquels le groupe sera totalement impliqué
auprès du constructeur. C'est alors que les veilles commerciale
et technologique, notamment les études de marché,
les visites de salons et les rencontres avec des experts, montrent
qu'un constructeur européen en particulier, s'intéresse,
de façon plus manifeste que ses confrères, au plastique
pour la carrosserie extérieure. La démarche projet
peut donc le toucher. Or la difficulté majeure à
cette phase marketing de projets, est de s'adresser aux bonnes
personnes afin de susciter la demande, et les accompagner pour
que le besoin de projet soit finalement formulé sur la
base de l'expertise du groupe quant au processus d'adaptation
du procédé (argumentée en particulier d'après
les réalisations en France).
C'est en fait la veille technologique associée au réseau,
qui vient lever l'obstacle : les ingénieurs Etudes du département
R & D du groupe travaillent en effet sur ce système
depuis de longues années avec un groupement d'experts développeurs,
reconnus en Europe pour leur spécialité et leur
expertise en matière de recherche plasturgique. Et ce réseau
de développeurs français, dont la parole fait référence
dans le métier, provoque le premier contact : confiants
dans l'expertise de la filiale industrielle et grâce notamment
à l'action d'un de leurs (ex) ingénieurs, les responsables
développeurs proposent d'organiser une rencontre avec les
bons interlocuteurs chez le constructeur ciblé. Il est
impossible de relater les différents développements
de l'histoire, mais retenons qu'au final l'idée d'application
de la démarche projet suscite de l'intérêt
alors qu'auparavant rien de tel n'était envisagé.
L'idée est débattue au cours de plusieurs rencontres,
sur les différents sites client et fournisseur. A l'issue
des différentes étapes qui couvrent une année
entière, un projet (dont il nous est encore aujourd'hui
impossible de prononcer le nom et l'origine du pays) est créé,
développé techniquement et économiquement
en commun ; les techniciens de part et d'autre évoluent
suivant un processus d'apprentissage collectif et interactif.
Le projet (réalisé pour le compte du département
études et développement du constructeur) aboutit,
certes non sans mal. Et l'origine de ce projet reste incontestablement
la stratégie d'offre créatrice de projets. Selon
Dessinges (1990, p. 89) et à la lumière de l'exemple
ci-dessus, il s'agit " de créer la demande en proposant
une offre de projets avant que l'acheteur potentiel n'ait clairement
formulé son besoin ". Dans cette situation d'offre
créatrice de projets, le but est de créer le besoin
de projet, nous sommes donc dans une " perspective constructiviste
" ; le fournisseur va induire la demande en reconnaissant
une idée de projet qu'il a vécu dans une autre société
cliente, ou qui pourrait présenter une opportunité
pour ce client jusqu'alors " inconnu " (" unknown
" in Cova, Hoskins, 1997, p. 547 et 552) [7].
| La précision du " unknown " parait
ici intéressante si l'on compare à la situation précédente
de la vente de solutions. Pour rappel l'approche de vente
de solutions se veut basée sur un relationnel approfondi bâti
dans le temps et sur la confiance mutuelle, qui ne peut se
gagner que par des échanges relationnels, sociaux, intellectuels
et transactionnels réguliers, ayant déjà prouvé la valeur
ajoutée apportée par le fournisseur au client dans d'autres
contextes, et ayant déjà démontré sa connaissance et la compréhension
des enjeux de son client. Or, dans le cas de la stratégie
d'offre créatrice de projets, le client peut être découvert
après l'idée de projet potentiel. Aussi la rencontre avec
le client peut-elle comporter une dimension plus opportuniste.
|
|

Le Marketing de l'inconnu
|
Ainsi un fournisseur ayant réalisé un projet A
chez un client avec succès, va chercher à rentabiliser
ses investissements humains, financiers, les différents
frais liés à la recherche et au marketing ; il va
en outre tâcher de promouvoir son image et de développer
son portefeuille clients sur la base de ce projet A : il va donc
tenter de capitaliser l'expérience de la démarche
projet A en la proposant auprès d'autres clients potentiels
-qu'il connaît peu ou ne connaît pas, mais qu'il aura
découvert à partir d'un fichier, d'une étude,
d'un réseau, etc
- et créera ensuite les projets
A', A'', voire B
basés sur le process du projet A.
Certes un dialogue reste ensuite essentiel pour re-" construire
" la demande en interaction client / fournisseur (Azimont
et Al., 1999, p. 136). Cette démarche impliquera une dimension
d'apprentissage au sein du marketing de projets, mais l'enjeu
premier pour le fournisseur est de prouver à ses interlocuteurs
qu'un problème comparable a été solutionné
chez un autre client -qui présente, ou non, les mêmes
caractéristiques- grâce à un processus projet,
une démarche qu'il maîtrise et qu'il va adapter à
leur situation pour générer leur propre projet.
L'on est bien en situation de conquête clientèle.
Aussi, dans ce contexte, " le fournisseur refuse[-il] de
réagir de façon behavioriste au stimulus [d'un]
appel d'offres " (p. 136) ; au contraire, la démarche
est " pro-active " par opposion à l'approche
classique qualifiée " d'approche réactive de
la sous-traitance " (Dessinges, 1990, p. 83). En outre, et
on le voit bien à travers le dernier exemple, même
si elle se place dans une dimension opportuniste, l'offre créatrice
de projets - de la même façon que cela fut souligné
pour la démarche de vente de solutions- se situe dans le
cadre d'une stratégie de réseau [8], au sein d'un " milieu " [9]. Cette approche n'est en effet possible
que si le réseau d'alliances est préalablement "
tissé " autour du " futur client ", que
les décideurs sont repérés. Il s'agit alors
" d'orienter le projet vers des solutions techniques où
le groupement est leader " (Dessinges, 1990, p. 83).
Ainsi, d'après Hoskins et Cova (1997, p. 555), la situation
optimale pour l'offre créatrice reste, bien sûr,
un réseau relationnel fort et des interactions client/fournisseur
élevées, même si, au final, d'autres clients
apparaissent. En effet, même dans le cas où le fournisseur
n'a pas eu de contact direct avec le client, il a des relations
suffisantes avec d'autres acteurs du réseau qui jouent
un rôle non négligeable pour le projet. Le fournisseur
peut alors participer de façon indirecte sur la définition
du process et en conséquence influencer les conditions
de l'offre. En se dotant d'un réseau relationnel fort au
sein de son environnement technologique, marketing, commercial
et financier, le fournisseur se positionne de façon idéale
pour anticiper le projet et modifier les règles du jeu [10]. Car, en effet, " les règles
de concurrence actuelle doivent inciter les entreprises à
resserrer leurs relations avec leurs clients et fournisseurs "
et la participation des entreprises à des réseaux
de coopération implique " d'accepter un certain nombre
de règles du jeu, à la fois en termes d'obligations
mutuelles et de procédures " (Moati, 2002, p. 151
et 152). L'on peut ici se tourner vers " une approche de
l'influence permettant de jouer à la fois du pouvoir et
de la confiance " (Bansard, 1999, p. 188). Ces échanges
et interaction au sein du milieu sont d'ailleurs caractéristiques
du B to B aujourd'hui (Ford, 2002, p. IX et XIII ; Turnbull et
al., 2002, p. 5).
Ainsi les deux démarches correspondent bien à la
certitude partagée par tous les spécialistes et
professionnels en B to B qu'une firme n'a pratiquement aucune
chance de remporter une affaire, de vendre son idée de
projet si elle ne fait que répondre à un appel d'offres
émanant du client, sans s'y être intéressé
avant ; et c'est tout autant une caractéristique du marketing
de projets ou du marketing d'affaires [11] (Cova, Salle, 1999, p. 30).
Comme pour le marketing de projets, nous avons mis en avant,
dans les paragraphes précédents, les différentes
phases de marketing de projet, et il s'avère que les démarches
de vente de solutions comme celles d'offre créatrice, interviennent
selon cette " temporalité spécifique " [12] aux projets : en phase " hors
projet ", en phase " amont du projet " (marketing
du projet) et en phase " dans le projet " (marketing
dans le projet) et ce, que la stratégie soit plutôt
de conquête ou intégrée dans un processus
de flux relationnel continu. Il semble pourtant que, pour ces
deux approches, le travail hors projet et en amont soit très
développé et plus spécifique : il correspond
d'ailleurs à " une perspective de façonnage
des affaires, [
] de montage de projet" (Cova, Salle,
1999, p.152). En effet, en vente de solutions, le travail relationnel
et transactionnel en hors projet est évident : le fournisseur
travaille déjà avec le fournisseur dans d'autres
contextes que la solution qui va s'acheminer, donc dans d'autres
conditions que le projet en question. De la même façon
le travail de maîtrise d'un processus projet à adapter
et de l'insertion au sein d'un réseau d'acteurs influents
en stratégie d'offres créatrice en hors projet et
en amont est primordial.
|
|